Motus et bouches cousues

30 avril 2014 | Le Quotidien

Construit à l’origine pour héberger les victimes de la maladie d’Alzheimer, le bâtiment qui est en train de voir le jour à Gasperich est maintenant censé accueillir des jeunes en cours de réinsertion sociale. Le syndicat d’intérêt local estime qu’il a été dupé. Et monte au créneau.
 
Dans son édition de la semaine précédente, Le Quotidien avait déjà fait état des événements ubuesque qui se déroulent à Gasperich. Et plus précisément au fond d’une impasse (!), rue Lemerwee, au numéro 15.
 
Celui-ci se trouve dans la périphérie directe de la cité Sauerwiss, le plus grand quartier social de la capitale avec 415 logements. Le Fonds du logement, déjà porteur de tout cet ensemble résidentiel, souhaitait y ajouter un domicile protégé pour Alzheimer. La fin du gros œuvre est proche mais entre-temps, la vingtaine de pensionnaires prévue a changé de nature: ce sont des jeunes en quête d’inclusion sociale qui devraient habiter là.
 
Ce changement d’affectation, qui commence à faire du bruit aujourd’hui sur la place publique, a toutefois déjà fait couler pas mal d’encre dans les coulisses. En juin 2010, le bourgmestre accuse réception d’une modification de l’autorisation de bâtir. Et il répond (en date du 21 octobre 2010) au cabinet d’architectes Schmitz & Hoffmann par ces termes : «La modification de l’autorisation de bâtir sollicitée porte sur un changement de destination de l’immeuble en voie de construction pour lui donner une affectation : foyer d’accueil pour garçons (Jongenheem). Il ne m’est pas possible de réserver une suite favorable à votre requête.»
 
Dans ce même courrier est encore précisé qu’une modification du PAP, délivré le 11 juin 2009, sous le n°226.2A.2009 est obligatoire (…)
 
«Si tel n’était pas le cas, je me verrais contraint de fermer le chantier.» Impossible d’être plus explicite.
 
Comme si de rien n’était
 
Une chose est certaine, cet avertissement n’a pas été suivi du moindre effet.
 
Serait-ce la conséquence de la lettre adressée le 19 novembre dernier au bourgmestre par le président du Fonds du logement, Daniel Miltgen, écrivant alors: «Je me permets de souligner qu’il ne s’agit pas, à mon avis, d’un changement d’affectation. Que ce soit pour l’accueil de personnes atteintes de maladies ou pour celui de jeunes à problèmes multiples, il s’agit toujours de vocations similaires et d’entraide à autrui.»
 
Le syndicat d’intérêt local ne l’entend pas de cette oreille là. Le 20avril, le président, François Dahm, et la secrétaire, Jacquie Lakaff, ont pris leurs plumes pour écrire au bourgmestre. Histoire de lui rafraîchir la mémoire et lui rappeler les conclusions émises au mois d’octobre, à savoir la fermeture d’un chantier qui continue à progresser allègrement puisqu’il en est actuellement au stade de la couverture de la toiture.
 
Deux jours plus tard, le syndicat a récidivé en s’adressant cette fois à Marie-Josée Jacobs, ministre de la Famille et de l’Intégration, à Daniel Miltgen, président du Fonds du logement, au collège échevinal, à Maurice Bauer, vice-président du CSV, circonscription Centre, et à René Roeder, président de la section CSV Gasperich.
 
Il n’est pas nécessaire de lire entre les lignes. Le syndicat d’intérêt local dit clairement qu’il était favorable au plan d’aménagement particulier en vue de la construction d’un domicile protégé Alzheimer.
 
Il dit de manière tout aussi limpide qu’«un changement d’affectation du foyer Alzheimer en un Jongenheem ne serait de toute façon pas acceptable pour les habitants du quartier.»
 
Le bras de fer est engagé. Et cette détermination n’est pas à prendre à la légère aussi bien du côté de la commune que du Fonds du logement.